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Dans Paris est un film français de Christophe Honoré, sorti en 2006.

Analyse

Jonathan s'extirpe d'un lit où dorment encore un garçon et une fille. Il va ouvrir la porte-fenêtre du balcon, non s'en avoir jeté la cigarette éteinte prise sur les lèvres du vieil homme qui dort sur son fauteuil dans le salon.

Jonathan contemple Paris, se retourne et apostrophe le spectateur. Il se propose de précéder le récit qui va suivre par une courte introduction. Il y a un an, son frère est parti de Paris. Il a fui en province avec Anna et le fils de celle-ci, Loup. Comme il ne s'agit que d'une introduction et non d'une visite guidée, Jonathan s'efface pour nous laisser avec Anna, Loup et Paul arrivant en Mercedes dans le département de la Loire.

Un après-midi après l'amour, Anna reproche à Paul de se précipiter sur la douche pour 1/ ne plus avoir à lui parler, 2/ se débarrasser de son odeur 3/ espérer qu'elle en prendra une aussi car son odeur l'insupporte. Pendant que Paul enfile sa chemise blanche, la dispute s'accroît. Ces disputes vont rythmer cet exil dans la Loire jusqu'à un faux suicide au médicament et une vraie dépression de Paul.

De retour dans Paris où Paul a récemment débarqué chez son père, Mirko, le vieil homme débonnaire du début qui héberge déjà son fils, étudiant, Jonathan. Le père essai de convaincre celui-ci de parler avec Paul pour le sortir de sa dépression. Jonathan y consent mollement pensant qu'il est préférable de laisser son frère sortir seul de sa dépression. Il est accusé d'égoïsme par son père. Pour motiver Paul, Jonathan le met au défi de le rejoindre au Bon Marché, devant les vitrines illuminées qui faisaient la joie de leur enfance, et de mettre moins de 30 minutes pour l'atteindre.

A 9h06, Jonathan démarre en boitant. Il se fait arrêter par une ravissante jeune femme en scooteur qui le conduit chez elle pour faire l'amour. Il croise alors son père à la recherche d'un sapin. Nous sommes le 23 décembre. L'après-midi, il rencontre Alice. Celle-ci lui réclame 3000 euros qu'elle lui avait prêté lorsqu'ils vivaient ensemble. Jonathan refuse et séduit de nouveau Alice qui le conduit chez sa mère où ils peuvent tranquillement faire l'amour. Pendant ce temps Paul a laissé tomber son portable et, se penchant sur le rebord du balcon, a effrayé son père qui redoute un suicide. Paul en profite pour discuter avec son père de sa sœur Claire, morte il y a douze ans. Sa mère débarque. Elle ne reste finalement pas pour le bouillon de soupe auquel Mirko l'avait mollement convié.

Jonathan est arrivé au bon marché. Dans le reflet de la glace, il demande à une jeune fille l'autorisation de l'embrasser, il finira dans son lit. Paul explique à son père sa tentative de suicide raté, la nuit précédente quand il s'est jeté dans la Seine depuis un pont. Son père, d'émotion le gifle ce qui le fait rire. Claire, invitée dans l'après-midi attend dans le salon. Paul téléphone à Anna et lui chante son amour. Jonathan rejoue la tentative de suicide de son frère. Il lui demande ensuite de lui lire un livre pour enfant qu'il lui avait offert. Claire pousse la porte. Cette nuit, ils dormiront ensemble, heureux pour un temps.

Le film traite principalement du thème de la mort qui peut conduire jusqu'à se terrer dans une chambre comme au fond d'un terrier. Face à une tristesse trop visible et comme indissolublement liée à l'âge adulte, Honoré, propose d'adopter, pour un temps, une stratégie d'évitement afin de mieux la combattre par l'énergie de l'enfance, de la culture et de la séduction. En travaillant les traumatismes liés au couple et à la famille tout en préservant un élan optimiste qui ne condamne jamais les personnages au désespoir, Dans Paris se rattache au courant de la Nouvelle Vague. L'allégresse du corps et de l'âme sont présents dès la première séquence où le corps de Jonathan s'extirpe du lit dans la lumière du petit matin pour venir nous raconter ce qui s'est passé.

La musique; les livres : ceux de l'école, ceux des enfants ; le goût du langage et de la séduction feront toujours contrepoids à la tristesse de l'âme ou à la mort qui rôdent constamment dans le film. La mort de l'amour dès l'exil dans la Loire, la mort possible de Paul non pas extravagante du haut d'un balcon mais tapie dans la nuit et les profondeurs de la Seine, la mort de Claire, la fin du couple des parents, irrémédiablement éloignés.

Supporter la mort omniprésente est probablement une question de distance. Un traitement trop rapproché comme celui de Mirko ne conduit à rien alors que celui plus sinueux de Jonathan se révèle plus efficace. Paul et Jonathan se souviendront du mot de leur père : "retiens tes larmes" qu'il portait jadis fièrement avant de tomber dans une décrépitude aussi touchante que pitoyable. En parcourant l’échelle des sentiments amoureux, du désespoir le plus profond jusqu’à la passion heureuse, Christophe Honoré définit des territoires: D’un côté, l’appartement et la famille sont un enfermement douloureux, bien que nécessaire, à Paul. De l’autre, Jonathan parcours Paris, qui devient sous ses pieds une scène ouverte pour les rencontres, l’explosion de la vie. La mise en scène elle-même différencie ces deux pôles : narrateur du film, Louis Garrel s’adresse aux spectateurs face caméra au début du film, puis, au fur et a mesure, s’affirme en électron libre, filmé en accéléré, bavard ou muet, dans une quête insatiable de désir.

Lorsque Paul raconte à Alice les jours de chiale de leur sœur pour conclure que la tristesse est inscrite en chacun comme la couleur de ses yeux, le point se fait sur la ville en arrière plan puis sur son visage. En racontant cette histoire tragique d'une tristesse avec laquelle on doit vivre et mourir, Paul et Alice sortent pourtant de leur solitude et semblent se raccrocher au monde qu'ils avaient laissé à l'arrière plan. Paul trouvera la force de chanter son amour à Anna et Alice s'endormira apaisée en attendant l'arrivée de Jonathan. Le travail sur l'arrière plan, un tas de fumier comme un nouvel amour impossible dans La Loire, les vitrines du 23 décembre et les tentes des SDF, le visage souriant de Jonathan devant les affiches de A history of violence, les reflets dans la glace, les déconnections entre images et son, le traitement itératif des scènes de ménages marquent aussi une liberté de ton que l'on trouvait dans la Nouvelle Vague à laquelle les personnages font aussi penser.

L'allégresse de Jonathan évoque immanquablement celle d'Antoine Doinel chez François Truffaut, la fermeture sombre de Paul rappelle celle de Paul Javal dans Le Mépris de Jean-Luc Godard auquel on pense aussi pour les scènes de ménage du début ou le défi absurde d'aller au Bon Marché en moins d'une demi-heure. Et l'on pourrait même évoquer Renoir pour la fascination pour l'eau ; le suicide du pont rappelant le geste de Boudu. La chanson "Avant la haine" n'aurait pas détonée dans un film de Jacques Demy et la scène de lecture dans le lit est une parodie savoureuse de Domicile conjugal, car Claire ne lit pas.

50 ans plus tard, quelle leçon peut-on tirer de la Nouvelle Vague ? Honoré choisi la vitesse, l’énergie, l’irrespect pour nos pères mais aussi les histoires d’amour déchirantes. S’il recherche à se situer dans une Histoire, son film fait aussi preuve d’une individualité forte et de choix radicaux.

Déclarations de Christophe Honoré

« Je pourrais affirmer que ce film-ci est né en 2001, au moment où Romain Duris s'est mis à chanter pour moi la chanson de Lola au bord de la Garonne. Je ne mentirais pas non plus en déclarant que j'ai eu l'idée de Dans Paris tandis qu'aux îles Canaries, je filmais Louis Garrel tout nu sifflotant avec une serviette verte sur l'épaule. Et pourtant...

Avant, il y avait eu la lecture de Salinger et celle de Mon mal vient de plus loin de Flannery O'Connor. Il y avait aussi eu les projections de Céline et Julie vont en bateau, , Mes petites amoureuses... Mais à la vérité, n'était-ce pas pour plaire à mes frères que je m'étais lancé dans cette aventure ? Aux raisons profondes, préférons toujours les causes immédiates. J'ai tourné Dans Paris, parce que Paulo Branco m'a donné la possibilité d'écrire et de fabriquer un film en moins de six mois. La vitesse et le désir font un bon mariage de cinéma à mes yeux, un mariage aujourd'hui de plus en plus rare, donc précieux. »

Distribution

  • Romain Duris : Guillaume
  • Louis Garrel : Jonathan
  • Joana Preiss : Joanna
  • Guy Marchand : Mirko, le père
  • Marie-France Pisier : La mère
  • Alice Butaud : Alice
  • Helena Noguerra : La fille au scooter

Fiche technique

  • Réalisation : Christophe Honoré
  • Scénario : Christophe Honoré
  • Production : Paulo Branco
  • Musique originale : Alex Beaupain
  • Photographie : Jean-Louis Vialard
  • Montage : Chantal Hymans
  • Durée : 93 minutes
  • Date de sortie : 4 octobre 2006
Reproduction possible des textes sans altération, ni usage commercial avec mention de l'origine. .88x31.png Credit auteur : Ann.Ledoux