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Carnage film franco-germano-polonais de Roman Polanski sorti fin 2011. C'est l'adaptation de la pièce de théâtre Le Dieu du carnage de Yasmina Reza, qui a cosigné le scénario.

Analyse critique

Dans un jardin public, deux enfants de 11 ans se bagarrent, un coup de baton part et l'un d'eux est légérement blessé. Les parents de la « victime » demandent à s'expliquer avec les parents du « coupable ». Rapidement, les échanges cordiaux cèdent le pas à l'affrontement. Chacun des couples remettant en question la manière dont il élève sa progéniture. Et l'affrontement iner-couple finit par se transformer en une remise en cause interne à chaque couple.

Roman Polanski a filmé souvent des huis-clos, dans des espaces rétrécis et cauchemardesques (Répulsion, Le Locataire, Rosemary's Baby). A ciel ouvert, parfois : le voilier du film Le Couteau dans l'eau, le château de Cul-de-sac. Ou en mêlant les deux : la villa cernée par le vide dans son superbe The Ghost Writer. Dans Carnage, le théâtre de l'affrontement est un appartement soft, clean, new-yorkais, vaguement effrayant dans son ordre revendiqué, dans son faux bon goût et sa culture ostentatoire, soigneusement étalée, sous forme de catalogues d'art, sur la table basse du salon. Un peu tendus, Penelope et Michael y accueillent Nancy et Alan. Le fils des visiteurs a cassé deux incisives à celui des visités. Excuses. Regrets. Café. Clafoutis aux pommes et aux poires. Les deux couples jouent aux gens civilisés, mais le vernis craque progressivement.

Le récit est adapté des Dieu du carnage de Yasmina Reza, une pièce de théâtre créée, en 2008, au Théâtre Antoine à Paris, avec un grand succès tel que la pièce a ensuite voyagé en Angleterre, puis à Broadway. C'est justement aux Etats-Unis, et avec des acteurs de langue anglaise, que Polanski transpose ironiquement l'action du film, qui n'en a pas moins été tourné dans les studios français de Bry-sur-Marne, en banlieue parisienne. Car le travail sur le film a été réalisé pendant son arrestation en Suisse à la demande de la justice américaine. Un séjour de dix mois où aura pesé chaque jour la menace de son extradition aux Etats-Unis, et d'un procès pour crime sexuel sur une mineure, pourtant jugé voici trente-cinq ans.

L'ouverture du film a lieu en extérieur, filmant l'incident entre les adolescents de suffisamment loin pour qu'on en perçoive la violence mais qu'on n'en comprenne pas les ressorts. Ceci suggère d'emblée deux choses : que l'irruption du mal se soustrait à toute tentative d'explication, et que sa puissance de contamination est assez forte pour entraîner le débondage pulsionnel des parents censément réunis pour pacifier la situation.

Polanski réussit à tenir le rythme, la fluidité et la montée dramatique de cette longue scène d'intérieur durant laquelle les quatre protagonistes ne cessent d'être en présence. Ces deux couples de bourgeois new-yorkais, après un mielleux round d'observation, s'écharpent à leur tour, en une succession d'alliances et de mésalliances inattendues. Les quatres protagonistes sont tous remarquables. Kate Winslet, Jodie Foster, Christoph Waltz et John C. Reilly ont été soumis à deux semaines de répétition intensive, avant de tourner en temps quasiment réel. Les acteurs se sont d'autant mieux glissés dans la peau de personnages dont les caractères respectifs contribuent à faire monter la tension. Chez les Longstreet, parents de la victime, la femme (Foster) est une hyper-rigide obsédée par l'équité et la morale, l'homme (Reilly) un représentant en objets ménagers frustré par la vie qui craint plus que tout le conflit. Chez les Cowan, la femme (Winslet) est une gourde inconséquente, l'homme (Waltz) un avocat cynique et malpoli, qui pense que tout lui est acquis.

Aussi lâches, égoïstes ou immatures soient-ils, les maris sont finalement de braves gars qui suivent malgré eux le mouvement. Ils pataugent, l’un cynique, l’autre accablé, dans un terrible matriarcat. Leurs femmes prétendent faire la paix ; leurs névroses les en éloignent. A propos du premier long métrage de Roman Polanski, le Couteau dans l’eau, Jean-Louis Bory écrivait : «Le conflit est inévitable, tel est le thème profond.»

Distribution

  • Kate Winslet : Nancy Cowan
  • Jodie Foster? : Penelope Longstreet
  • Christoph Waltz : Alan Cowan
  • John C. Reilly : Michael Longstreet
  • Tanya Lopert : la narratrice

Fiche technique

  • Titre : Carnage
  • Réalisation : Roman Polanski
  • Scénario : Roman Polanski et Yasmina Reza, d'après la pièce Le Dieu du carnage de Yasmina Reza
  • Musique : Alexandre Desplat
  • Montage : Hervé de Luze
  • Photographie : Paweł Edelman
  • Pays : France, Allemagne et Pologne
  • Durée : 79 minutes
  • Dates de sortie: 16 septembre 2011 (Mostra de Venise)
    • 7 décembre 2011 France
Reproduction possible des textes sans altération, ni usage commercial avec mention de l'origine. .88x31.png Credit auteur : Ann.Ledoux